Le jeu vidéo doit-il toujours être une compétition ?

Dans des temps immémoriaux, dans les méandres des années 70 et 80, le jeu vidéo se démocratisait avec sa première révolution. En ces temps-là, on s’extasiait devant 4 pixels qui se débattaient dans une bouillie infecte de carrés saupoudrée d’une musique diablesse. La technologie peu développée ne permettait pas grand chose et on se contentait de peu. Les jeux étaient basiques et là, ce que je considère comme une horreur, naquit : le scoring. Parce que forcément avec des jeux basiques il fallait trouver un moyen de départager les joueurs et désigner un vainqueur. Finalement ce système n’a pas disparu : le scoring consiste juste à éliminer ses adversaires ou les surpasser et on retrouve ça dans pléthore de jeux. Surtout en ce moment… Bah oui, vos Battle Royale ce n’est rien de plus que ça : les joueurs s’affrontent et le dernier a gagné. Simple. Basique. On peut néanmoins se poser la question de savoir le pourquoi de ce besoin de compétition. Pourquoi toujours s’affronter ?

jv et violence

La violence comme seul argument…

Et là, ma mère débarque et me revient en tête. N’ayant jamais baigner dans la culture geek et ne voyant que les jeux de son adolescent résolument violent afin d’exprimer sa révolte, elle caricaturait facilement le jeu vidéo en une simple phrase : « Ben faut toujours tuer quelqu’un dans ton truc… » (phrase traduite en français car le patois et l’accent ch’ti l’avait écorchée) En y réfléchissant, elle n’a pas tort et rejoint la plupart des détracteurs du jeu vidéo : les jeux vidéo sont violents et rendent violents. L’argument est puérile et usé jusqu’à l’os mais les grands succès vidéoludiques de ces dernières années ne le démentent pas. Certes le jeu vidéo peut être violent mais l’est-il plus que d’autres formes d’art ? Accuse t’on Quentin Tarantino de rendre les gens violents ? Non. Il en est de même pour l’affrontement…

Sans faire de généralités, il faut se souvenir qu’à l’instar du cinéma, il existe plusieurs genres de jeux vidéo et beaucoup ne se jouent pas en multijoueur (ou le multi est une valeur ajoutée) Personnellement je conçois le jeu vidéo comme une série ou un livre. Il me raconte une histoire avant tout, les médias sont différents, le but est le même. Comme les autres, le jeu vidéo a ses codes, son mode de fonctionnement et bien sur ces défauts. Chacun peut donc y chercher ce qu’il veut et y trouver ce qu’il veut. Ce qui m’intéresse c’est de sortir de ma (triste) réalité et incarner quelqu’un d’autre ailleurs ou dans une autre réalité. J’ai choisi le jeu vidéo mais cela aurait pu être un film ou un bouquin… La communauté « gamer » s’est beaucoup développée ces 20 dernières années et la technologie évoluant on peut maintenant faire (presque) tout ce qu’on veut. A pouvoir tout faire, on donne le choix aux consommateurs, le marché suit la tendance et l’offre s’adapte à la demande. Malheureusement…

people_associations_consommateurs_3.png

Consommateurs à la barre

C’est ainsi que je passe pour un OVNI quand je dis que les jeux récents ne m’interessent pas beaucoup. Je veux un scénario, payer 70€ pour une après-midi non merci et je pense que mon point de vue est compréhensible. Néanmoins, l’offre s’adapte à la demande et les développeurs ne font que les jeux que les joueurs veulent (sauf certains…) La volonté des joueurs est donc la seule maitresse à bord et ce n’est pas une volonté incorruptible, loin de là ! Le système a critiquer n’est pas celui du marché  ou du commerce, plutôt celui des tendances et de la mode, celui du buzz et des putaclics. Car si les prémices du jeu vidéo étaient les années « bouilles de pixels », celles que l’on vit actuellement sont sous le règne des modes éphémères et de plus en plus rapides. Minecraft, Clash Royale, Pokémon GO… Ok, ils existent toujours mais on se demande qui y joue encore. Minecraft, d’accord il y a toujours une petite communauté créatrice, et les autres ? Le cœur du problème en est justement sa source : les joueurs. Succombant aux différents effets de mode, les joueurs se ruent sur ces jeux, y jouent et passent au suivant. Il est simple de se maintenir à jour, il suffit d’ouvrir YouTube… Si plus de 3 vidéos parlent du même jeu alors vous tenez la tendance. En ce moment c’est Fornite qui tient tout le monde en haleine. Jamais je n’aurais autant entendu les gamins parler de météorites (au moins cela aura eu le mérite qu’ils s’intéressent à ça…) Malgré cela se développe une sensation immonde : celle que tout le monde joue au même jeu et en change tous les trimestres.

Malgré tout ces tendances ont toutes un point commun. Minecraft a des serveurs multi, Clash Royale a pour principe l’affrontement et Pokémon GO ben il faut chasser plus que son voisin et on peut l’affronter. A croire que tout le monde n’a que ça en tête : affronter un adversaire. Toujours le principe de scoring, marquer le plus de points possible et faire mieux que son voisin. C’est à se demander si le jeu vidéo a évolué. Il est reconnu que le jeu vidéo est perçu pour beaucoup comme une catharsis, une question vient alors : sommes-nous tous au fond violent alors, à toujours chercher l’affrontement ?

A y regarder de plus près, le jeu vidéo est un reflet du monde à l’instar de tous les arts. Les développeurs ne faisant que matérialiser les souhaits des joueurs, les effets de mode passent et photographient le monde à un instant T. Souvenez-vous de la folie des MMORPG, chacun avait le sien et même les journalistes généralistes étaient descendus de leur perchoirs parisiens pour s’intéresser et dénigrer les « Meuporg ». Il en sera de même pour les Battle Royale, tout le monde en aura un, chacun fera le sien et la mode va passer à autre chose. Ce va et vient permanent est normal et on le retrouve partout, il faut juste en avoir conscience et ne pas oublier de le prendre en compte. Le jeu vidéo adopte le même système que tout le reste : l’ère du buzz, de l’éphémère et de l’effet de masse. J’attends que la vague passe et qu’arrive la suivante…

Et dans cet univers impitoyable, je ne suis pas le seul et heureusement à attendre dans l’ombre. Récemment, j’ai redécouvert non sans plaisir Rock Band. Bon lui aussi est un produit d’effet de mode, celui des jeux musicaux, de la fin des années 2000. Qu’importe ! Ce jeu m’avait profondément marqué car il désossait littéralement la théorie de ma mère : il n’était pas violent, sans réel affrontement et sans mort (Il s’est avéré que n’ayant plus d’argument valable, elle en créa un spécialement pour Rock Band prenant le fait que je chante comme une merde et que cela l’empêchait de regarder le télé) Néanmoins, les jeux musicaux ont eu le mérite d’apporter un peu de fraicheur à tout ça ! Les jeux sans affrontements réels sont rares mais ils existent , ils se cantonnent juste à quelques genres (RPG, Gestion…) La beauté des jeux vidéo est justement de pouvoir parler à tout le monde alors pourquoi rester dans un seul genre ?

récit

Le récit et rien que le récit…

Reprenons le parallèle avec d’autres médias. Que raconter dans un livre ou une série ? Citez-moi un bouquin sans affrontement. Chaque récit verra son lot de confrontations, pas toujours violentes ni physiques, certes. Même les biographies ou les récits initiatiques ont des affrontements. le héros sera toujours confronté à quelques chose sinon ce n’est plus un héros. La seule caractéristique du jeu vidéo est que le joueur interagit directement avec l’histoire et l’environnement, cela pose une problématique liée au rythme. « Le Père Goriot » ferait un très mauvais jeu, l’essence même du jeu vidéo est la nécessité d’action et d’actions. Ce qui implique de grosses différences avec les autres médias, ces derniers étant plus passifs et ne demandent pas aux consommateurs de faire quoi que ce soit, à part sortir l’argent… L’affrontement est présent partout mais ne se matérialise pas de la même façon. Le jeu vidéo a besoin de motiver ses consommateurs, comme les autres médias, et se sert du dépassement de soi ou de l’autre comme moteur. La violence n’est que le traitement, la manière que les développeurs ont de matérialiser l’affrontement.

De façon « pacifique », le jeu vidéo est un moyen de positionnement dans une société qui colle des étiquettes et range les individus dans des cases ainsi qu’un exutoire. En affichant un score, le jeu vidéo ne fait rien de plus que l’école qui met des notes… Ils trient les joueurs selon leur « performances ». Les individus se sont toujours affronter plus ou moins violemment, le jeu vidéo n’est qu’un moyen détourné de le faire. Cet affrontement (ou concurrence) est dans l’ADN du jeu et aussi dans le notre et celui de notre société. Même si c’est bon enfant, il y aura toujours des classements. Les seuls jeux qui y échappent sont de rares jeux solo mais là encore, les joueurs ont trouvé le moyen de concurrence parfait : les plateformes de vidéo en ligne. Désormais chacun se filme pour montrer ce dont il est capable et pour que tout le monde regarde. En plus de flatter l’égo c’est une forme de concurrence acceptée et volontaire. Les rares bastions du jeu vidéo solo sont tombés ! Il n’existe plus de plaisirs solitaires sauf si on résiste à la mode du voyeurisme et de l’exhibition qu’est le streaming. Lorsque l’affrontement est inexistant, on cherche toujours a en avoir quitte à le créer…

La vraie question à se poser est donc : ne serait-ce pas nous, joueurs, le problème des jeux vidéo ? En tant que principal acteur et consommateur, nous créons l’affrontement et le matérialisons très (trop) souvent par la violence. L’affrontement serait-il encore un moyen d’expression même pour nous, Hommes soit disant évolués ?

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s